dimanche 16 décembre 2007

Erich Romer

Mon enquête sur le nombre d'or chez Rohmer m'a conduit à des découvertes sur ses liens avec Jean Parvulesco, ésotériste très à droite que je savais faire partie des connaissances de Rohmer, lequel lui a donné le rôle du philosophe Jean Walter dans L'arbre, le maire et la médiathèque (1993). Ceci ne me semblait pas suffisant pour condamner Rohmer, l'affaire Parvulesco ayant débuté en 1960, avec A bout de souffle, de Godard, où Patricia (Jean Seberg) se rend à Orly pour interviewer le célèbre écrivain Parvulesco, joué par Jean-Pierre Melville. C'aurait été un gag (à retardement) de donner à Parvulesco un rôle d'écrivain, ça va peut-être un peu plus loin quand on sait que des mots-clés de la pensée de Parvulesco sont "retournement" et "contre-retournement".

En fait la pensée de Parvulesco m'est rigoureusement étrangère, me semblant plus relever de la psychiatrie que de la politique, mais je ne prétends à aucune compétence dans ces deux domaines. Toujours est-il que Parvulesco parle de Rohmer dans sa Spirale prophétique (1986), en termes à peine voilés puisqu'il s'agirait d'un homme qui "poursuit, dans le siècle, une forte importante carrière de metteur en scène de cinéma, considéré comme un des plus grands si ce n'est, déjà, comme le plus grand du cinéma européen actuel." Sachant de plus que ce cinéaste a adapté Kleist, le choix est extrêmement restreint, surtout parmi les proches de Parvulesco.

Rohmer, puisque c'est de lui qu'il s'agit, serait connu de "certains milieux plus que fermés sous le nomen mysticum de Arnaud de Villeneuve (...)" Wikipédia m'apprend que ce nom est celui d'un médecin-alchimiste-astrologue du 13e siècle. Si Rohmer est convoqué ici, c'est qu'il témoignerait du "renouveau d'une perpétuation conspirative des belles procurations anciennes du Pur Amour", ce que Parvulesco prouve en se résignant à produire "une correspondance adressée, le 16 février 1984 et sur papier à l'en-tête des Frères de la Consolation, par le Délégué Général de cette très puissante instance polaire, Franz des Vallées, (...)" au cinéaste en question. Je n'ai rien trouvé sur Franz des Vallées, et les seuls Frères de la Consolation connus sont une société secrète dans un roman de Balzac.

Voici le début de cette prétendue lettre à Rohmer, dont le style ressemble fort à celui de Parvulesco. Si comme moi vous n'y comprenez goutte, n'espérez guère que la suite de la lettre apporte quelque éclaircissement.

Bien sûr ce qui est écrit dans cette Spirale prophétique n'engage en principe que son auteur, mais Rohmer est ici aisément identifiable et il est impensable qu'il n'ait pas été informé de cette "correspondance", s'il ne l'a pas directement reçue le 17 février 84. La présence de Parvulesco dans ses films ressemble à une approbation tacite de cette implication.
Mieux encore, la seule apparition créditée de Parvulesco, dans L'arbre, le maire..., pourrait être l'accusé de réception de la lettre susdite, destiné au cénacle capable de le comprendre. Le directeur du journal Après-demain y discute à la brasserie Lipp avec le personnage ci-contre qui n'apparaît que dans cette courte scène, Jean Walter, lequel s'adresse au directeur: "L'extraordinaire importance de l'action que vous menez, d'une manière quelque peu souterraine, et en même temps tout à fait visible, il faut savoir la déchiffrer, il faut savoir la pénétrer et l'interpréter selon le sens qui est, ou qui n'est peut-être même pas, celui de votre action."

A noter que la tournure "qui est, ou qui n'est même pas", rappelle le "que vous fassiez, ou que vous ne fassiez même pas" de la lettre de "Franz des Vallées" au (plus) grand cinéaste européen. Après un bref échange au sujet de Mitterrand qui, selon la dialectique de Walter/Parvulesco, serait un homme de droite, voire d'extrême-droite, le plan (dans la brasserie Lipp où Mitterrand avait sa table) s'achève, interrompant une phrase du directeur: "Je lis quelquefois votre lettre..." A charge pour le spectateur lambda d'aller supposer que ce philosophe a une lettre ouverte dans une quelconque revue, le cénacle précité ayant bien entendu une toute autre interprétation.

Parvulesco apparaît au moins dans un autre film, Les nuits de la pleine lune (1984), où il traverse l'écran au temps 21'06" (sur le DVD). Tiens, c'est l'année de la lettre, mais je ne suis capable d'identifier Parvulesco que depuis peu et ignore s'il n'a pas multiplié les apparitions subliminales dans d'autres Rohmer, ce que je n'ai guère envie de vérifier.

Par ailleurs, je n'ai de Parvulesco que sa Spirale prophétique, dont le titre m'a attiré en tant que pataphysicien, et j'ignore tout de ses autres oeuvres, où il pourrait y avoir aussi des allusions à Rohmer.

Après tout, si Rohmer et Parvulesco jouaient à échanger dans leurs oeuvres les gages réciproques de leur Pur Amour, ça pourrait ne guère tirer à conséquence, mais chez les petits camarades de Parvulesco l'amour est plutôt sélectif, et malheur à ceux qui ne répondent pas aux critères de pureté souhaités...

Il y a en effet d'autres sons de cloches. Ainsi le propre fils de Rohmer, René Monzat, a violemment dénoncé Parvulesco, notamment dans un article qui n'est plus disponible à ce jour sur la toile. Mais il est cité sur cette page, pour avoir signalé les liens entre Parvulesco et Alexandre Del Valle, personnage dont L'Etonnant parcours (titre d'un article de René Monzat dans Ras l'front) l'a fait passer par diverses franges de l'extrême-droite avant d'atterrir à l'UMP. S'il est impossible que "Franz des Vallées" ait concerné ce Del Valle qui n'avait alors que 17 ans, "Del Valle" est le pseudonyme de Marc d'Anna qui a peut-être été le chercher dans les "milieux plus que fermés" mentionnés par Parvulesco, où le mot "vallée" aurait une signification ésotérique que je ne cherche pas à deviner. A moins qu'il n'ait directement choisi ce pseudonyme à partir de La spirale prophétique. Toujours est-il que Parvulesco a encensé dans le n° 48 de Nouvelles Synergies Européennes « l’ouvrage fondamental d’Alexandre Del Valle » qui «confirme intégralement nos propres thèses » (octobre 2000). Je n'ai aucune envie de lire le blog de Del Valle pour y découvrir une indication sur le choix de son pseudo, l'écho avec Des Vallées pouvant, après tout, être fortuit.

J'ai jadis acheté Blocus solus, Série Noire de Bertrand Delcour (1996), y imaginant une parodie de Roussel. Ce n'était pas le cas, mais j'ai apprécié cette farce "hénaurme" mettant en scène des personnalités de l'intelligentsia hexagonale sous des noms aisément reconnaissables, tels Guy Bordeux, Jean-Luc Grodard, ..., et Julius Pamescu, "gros homme presque chauve, aux lunettes en cul de bouteille", auteur de divers titres dérivés des oeuvres réelles de Parvulesco.

Le chapitre où intervient ce Pamescu le montre diriger une messe noire, où il sodomise Christel, fiancée de son fils, la croupe garnie d'hosties consacrées... Il est important de préciser que cette scène n'a aucun fondement réel, Delcour avouant ne rien savoir de la vie privée de Parvulesco, mais il ne savait pas non plus qu'il avait officié dans un film nommé Les nuits de la pleine lune, ce que je trouve amusant, comme le fait que ce chapitre s'achève page 147, que voici, alors que j'ai donné plus haut la fin de la page 147 de La spirale prophétique où débute la lettre à Rohmer:


Je remarque le prénom Julius imaginé par Delcour pour Pamescu/Parvulesco, évoquant César comme l'Alexandre choisi par Del Valle évoque un autre grand conquérant. Julius, nom latin, a encore la particularité d'être toujours un prénom usuel, essentiellement en Allemagne, et je constate une certaine constance germanique dans les choix des pseudonymes des deux protagonistes de cette affaire: Eric Rohmer, Franz des Vallées, Jean Walter (Vallée-Walter ? mais il faut avoir recours à la distribution du film pour connaître le nom du personnage joué par Parvulesco). Avant de choisir le pseudo Eric Rohmer, Maurice Schérer avait utilisé le pseudo Gilbert Cordier, et son "nomen mysticum" serait Arnaud de Villeneuve... Je constate ceci sans antigermanisme primaire, sachant néanmoins que pour certains milieux d'extrême-droite le reproche essentiel fait à Hitler est d'avoir échoué à purifier la planète des diverses races sous-humaines qui l'encombrent.

Rohmer a confié que son pseudonyme était une anagramme, sans préciser de quoi. Si c'est une anagramme de Maurice Schérer, elle serait bien mauvaise. J'ai pensé à HERR MORICE, avant de m'apercevoir d'une curiosité: Rohmer est une transcription commune (avec Roemer) de l'allemand Römer, "Romain", conformément aux deux possibilités de transcrire l'Umlaut (tréma) allemand, tandis que Eric est la forme française du prénom germanique Erich, dérivé du mot Ehre, "honneur". Ainsi

ERIC ROHMER est l'anagramme exacte de ERICH RÖMER, sa forme allemande...

Je doute qu'il ait bénéficié d'un prestige aussi grand chez les gens de gauche s'il avait choisi de s'appeler Honneur Romain, mais c'est bien ce que son nom signifie, et de multiples détails sont troublants:

  • La lettre de Franz à Eric(h) s'achève sur les mots "honneur de Dieu" (sic pour le début de la phrase)
  • L'une des rares idées qui m'ait été intelligible à la lecture de Parvulesco est que le monde n'évite de sombrer dans le chaos que grâce à la célébration quotidienne de la messe catholique régulière, selon le rite romain.
  • La courte scène où apparaît Walter/Parvulesco/Vallées est encadrée par deux vues d'églises, Saint-Germain-des-Prés (Germain ! des-Vallées ?), et Saint-Juire, dans le village de l'arbre menacé par la médiathèque. C'est une forme locale de Georges, et une légende veut que ce saint pourfendeur de dragons ait aussi exercé sa sanglante activité à Saint-Juire.
  • L'interlocuteur de Walter, qui "lit quelquefois sa lettre", serait alors logiquement Rohmer lui-même, or ce directeur du mensuel Après-demain porte le nom de Régis Lebrun-Blondet, soit un "roi brun blond" fort suspect...
  • Le clocher octogonal de Saint-Juire rappelle celui de ND du Port, où Rohmer a filmé une messe réelle en 1968, ce que je présume être rare, sinon unique.

Ce dernier point ramène au nombre d'or, puisque d'aucuns l'ont vu dans cette basilique de Clermont-Ferrand, et qu'il m'a paru que les plans tournés par Rohmer à l'intérieur d'icelle respectaient la "divine proportion", puisque c'est aussi ainsi qu'on appelle Phi, et mes soupçons sur la véritable personnalité de Rohmer me font penser que c'est l'aspect "divin" qu'il privilégie, plutôt que l'aspect "organique" qu'y voyait Eisenstein.

J'ai fait part de mon inquiétude sur les élucubrations dorées de divers membres du clergé catholique, lesquelles ont contaminé notre enseignement laïque. La virulence des zélateurs de la Quine romane dépasse mon entendement, si bien que je peux tout imaginer. Peut-être Rohmer croit-il que la construction dorée de certains de ses films peut agir sur leurs spectateurs et les inciter à se convertir ou s'embrigader dans je ne sais quel mouvement.

Le hasard a voulu que, juste avant de découvrir la lettre à Rohmer dans La spirale de Parvulesco, je visse l'avant-dernier Rohmer de mon programme, Perceval le Gallois (1978), que j'ai en fait plutôt survolé que vu, sautant de ci de là tant j'ai trouvé ça ennuyeux. L'étrange scène finale montre une représentation de la Passion, dans un décor de choeur d'église qui m'a rappelé le plan doré du prêtre officiant à ND du Port. Jésus est ici crucifié sur une croix dorée, et les dimensions inhabituelles de cette croix m'ont amené à quelques vérifications.

Le rectangle tracé en jaune est le rectangle d'or parfait construit à partir des trois extrêmités visibles de la croix. On voit que la base ainsi construite correspond avec une grande précision aux pieds de Marie et de Marie-Madeleine encadrant le Christ. Les 4 divisions d'or tracées dans ce rectangle ne me semblent pas non plus indifférentes, avec notamment le pagne de Jésus occupant presque exactement le rectangle d'or central ainsi formé, et la tête de Marie-Madeleine tombant sur une intersection d'or (ce qui pourrait préfigurer les futures élucubrations autour de Marie-Madeleine et du nombre d'or dans les ouvrages du genre Da Vinci Code).

A titre indicatif, j'ai tracé en rouge les sections d'or de l'image entière, ce qui permet de constater que la section verticale droite n'est pas loin de coïncider avec la section correspondante du rectangle de la croix. La caméra n'est pas absolument fixe dans ce long plan, elle oscille légèrement latéralement, comme en témoigne l'image ci-dessous, la section rouge concernée demeurant entre les deux sections d'or de la croix.

Les bras tendus des deux Juifs au premier plan pourraient esquisser un pentagone, la figure emblématique des adorateurs du nombre d'or, mais je n'ai plus envie de discuter plus avant la question et j'y apporterai quelques dernières remarques annexes dans un bref commentaire à ce billet.

Je crois en effet avoir donné suffisamment d'éléments pour susciter les plus vives interrogations et inquiétudes sur Rohmer et ses oeuvres. Préciser plus avant est délicat attendu que Parvulesco est déjà un personnage obscur, aussi seul Rohmer serait-il à même de donner de nécessaires explications sur ses liens avec ce "gourou crypto-réac", selon les Inrocks. Sans cela, la suspicion me semble de mise, et je me permettrai une tournure à la Parvulesco pour souligner que la question ne porte peut-être pas sur ce qu'est le cinéma de Rohmer, mais plutôt sur ce qu'il n'est pas (le reflet fidèle de notre société multiculturelle, multiraciale, par exemple).

Mes études rohmeriennes m'ont amené à m'intéresser aux valeurs numériques des noms de ses personnages, sinon de celui de l'actrice Marie-Christine Barrault, sans d'ailleurs imaginer de réelles intentions à l'origine des coïncidences dorées que j'ai repérées. Dans mon dernier billet, je remarquais l'identité des valeurs 112 des noms Eric Rohmer et Jean Bétous, le chanoine qui a imaginé la Quine romane, et j'avais apprécié le hasard de tomber dans le même temps sur la croix doublement dorée de Perceval, le mot "croix" ayant pur valeur 69, section d'or de 112. Je commence à douter du hasard en constatant que l'anagramme immédiate Erich Römer conduit à deux noms de cinq lettres, deux pentagrammes, dont les valeurs 43-69 correspondent au partage doré idéal de 112.

Le sous-titre de L'arbre, le maire et la médiathèque est Les 7 hasards. Il y en a eu au moins un 8e, auquel je ne chercherai pas d'interprétation. Rohmer y fait dire au maire, en février 92, que le saule blanc objet du litige est à moitié mort et qu'il ne lui donne pas trois ans. Or ce saule a été déraciné par la tempête du 4 avril 1994, le jour même du 74e anniversaire de Rohmer.
Note ultérieure : Ou du moins de l'anniversaire qu'il se donnait, car son état civil accessible après sa mort a révélé qu'il n'était pas né le dimanche de Pâques à Nancy, mais 14 jours plus tôt à Tulle.
Encore ultérieurement, je me suis avisé que Eric Rohmer était l'anagramme de Römerreich, soit "Empire Romain" en allemand.

mercredi 12 décembre 2007

l'ami doré

Voilà, j'ai vu à peu près tous les Rohmer, et je me fais maintenant une idée plus précise de la question du nombre d'or dans ses films.
Au moins trois films présentent un même schéma entre les deux sections d'or du film, une intrigue amoureuse qui naît et meurt, en étroit rapport avec le titre du film. C'est un schéma plutôt inhabituel. Ainsi, sur un film de 90 mn, cette partie centrale va représenter 21 mn, laissant 34 mn de part et d'autre difficiles à remplir, mais pourtant ces trois films figurent parmi ceux que j'ai le plus aimés chez Rohmer, mon humble avis semblant confirmé par leur succès public. Je n'attribue pas cette séduction au nombre d'or, d'autres Rohmer où il pourrait être utilisé m'ennuyant prodigieusement, tandis que j'apprécie plusieurs Rohmer où je n'ai rien détecté de spécial.

Ces films sont donc Ma nuit chez Maud (1969), où la nuit chez la tentatrice Maud s'inscrit parfaitement dans ce centre d'or, cet épisode donnant à Jean-Louis l'impulsion de se déclarer auprès de Françoise.

Le hasard a voulu que mon Rohmer suivant soit Pauline à la plage (1983), où le flirt de Pauline et Sylvain commence et s'achève sur la plage, pratiquement à la seconde près selon les calculs théoriques, les tentatives de leur entourage pour les rabibocher maintenant l'ntérêt de la dernière partie.

Et le dernier est L'Ami de mon amie (1987), remarquable en ce que l'intrigue née à la petite section d'or et définitivement interrompue à la grande section d'or connaît des rebondissements dans la dernière partie, et que ces péripéties semblent aussi gouvernées par le nombre d'or, à la seconde près qui plus est.

Voici les 4 protagonistes. Blanche, la blonde en vert, vient d'emménager à Cergy, où elle devient amie avec Léa, la brune en bleu, qui vit avec Fabien, en bleu aussi. Blanche a repéré le bel Alexandre, en vert, un ami de Léa et de Fabien. Léa s'ingénie à les mettre en contact, mais la timide Blanche gère bien mal toutes ses rencontres avec Alexandre...

Léa part en vacances, seule, Fabien n'ayant pu se libérer. Elle confie à Blanche qu'elle part avec un autre gars, sans trop savoir si ça va remettre en cause sa relation avec Fabien...


1 - temps 37' 47"


Le film dure 98' 54", ce qui se répartit selon le nombre d'or en 61' 07" et 37' 47". Il n'y a pas de générique de début, juste quelques incrustations sur les premières images, ainsi il n'y a aucune alternative de minutage, et cette image correspond exactement à la petite section d'or du film. Le logiciel de lecture donne ce minutage sous l'image, qu'on peut avoir en grand format en cliquant dessus, en appuyant simultanément sur Shift (Maj) pour l'avoir dans une nouvelle fenêtre.

Et c'est bien à cette petite section d'or que tout commence, dans une scène qui dure 20 secondes. Blanche a rencontré Fabien quelques instants plus tôt, ils se sont salués en échangeant quelques banalités, et voici que le hasard les remet en présence... Fabien lui demande si ça lui dirait d'aller faire de la planche à voile, ça lui dit.

Fabien et Blanche se sentent bien ensemble, en tout bien tout honneur. Ils se revoient, et Fabien l'emmène promener au bord de l'Oise, ce que déteste Léa...


2 - temps 61' 07"

Ce qui devait arriver arrive. Ce baiser passionné ne dure que deux secondes, pile à la grande section d'or. La caméra quitte le couple enlacé pour le paysage bucolique alentour, puis nous sautons au lendemain matin dans l'appartement de Blanche. Il est évident qu'ils ont passé la nuit ensemble, mais elle lui annonce 20 secondes après ce baiser torride que c'est fini entre eux, que c'était merveilleux mais qu'il faut en rester là, qu'ils se sont consolés en pensant chacun à quelqu'un d'autre, qu'il est l'ami de son amie, etc...

Léa reparaît d'ailleurs dans le plan suivant, ça n'a pas marché du tout avec son gars, ce qui lui a fait comprendre à quel point elle aimait Fabien... Nouvelles tentatives auprès d'Alexandre...

Et puis Blanche rencontre Léa portant un grand sac. Fabien et elle viennent de se séparer définitivement. Les multiples déclarations antérieures de Blanche ne laissent cependant guère présager une reprise de l'idylle avec Fabien.


3 - temps 84' 27"

Soit la grande section d'or des 37' 47" de la dernière partie du film. Blanche rentre chez elle et trouve ce mot dans sa boîte, sur lequel la caméra s'attarde plus longtemps qu'il n'est nécessaire pour le déchiffrer.

Blanche ne téléphone pas, mais tombe "par hasard" sur Fabien, et celui-ci n'a pas énormément de mal à la convaincre qu'ils sont faits l'un pour l'autre. Ils tombent d'accord pour partir en vacances ensemble et se donnent rendez-vous le lendemain au Restaurant du Lac.

Par ailleurs Léa trimballant son sac est tombée sur Alexandre... Etc., etc... Ils retournent à Cergy, et pour ne pas risquer de rencontrer Blanche décident de déjeuner au Restaurant du Lac... Léa y voit précisément Blanche, seule à une table, et demande à Alexandre de se cacher pendant qu'elle essaie d'expliquer sa conduite à son amie...


4 - temps 93' 20"

Soit la grande section d'or du temps restant après la dernière image. Blanche qui attendait Fabien croit que c'est lui qui envoie Léa, parce qu'ils se sont remis ensemble. Léa embarrassée lui parle de ce qui est arrivé avec Alexandre, mais en le désignant par "IL", que Blanche entend "Fabien". Elle pleure, et répond à Léa, arguant qu'IL ne s'est jamais intéressé à elle, qu'IL a pourtant passé une nuit avec elle, et qu'IL l'assurait la veille encore de son amour. C'est au tour de Léa d'être catastrophée, Alexandre ne lui avait pas du tout parlé de ça.

Ce quiproquo aurait pu avoir de tragiques conséquences, comme dans Pauline à la plage, mais les amies arrivent enfin à le dissiper et tombent dans les bras l'une de l'autre. Fabien arrive, on rappelle Alexandre, tout est bien qui finit bien.


5 - Générique de fin


Il se déroule pendant plus d'une minute sur cette image figée montrant Fabien et Blanche enlacés, tandis qu'Alexandre et Léa s'éloignent, sur le pont.
J'ai superposé les 4 sections d'or sur l'image, il me semble que ça tombe plutôt bien. J'ai tracé également les sections d'or verticales de la section centrale à droite, encadrant assez exactement l'autre couple.

Une musique apparaît pendant ce générique, mais le site de Jean-Louis Valero, compositeur attitré de Rohmer, m'a appris une curiosité: Rohmer lui a commandé une longue musique pour ce film, d'environ 25 minutes, effectivement composée et enregistrée, mais que Rohmer a mixée très très bas, au seuil d'inaudibilité!

Voilà. Je rappelle que, pour chacune de ces images, j'ai choisi le temps exact calculé selon le nombre d'or, à la seconde près. Si tous ces instants sont significatifs, d'autres à quelques secondes près l'auraient été tout autant, mais il est particulièrement frappant que le baiser torride de l'image 2 ne dure que 2 secondes, pile à la grande section d'or; c'est la seule manifestation réellement érotique du film.

Maud et Pauline avaient encore en commun un lieu pouvant être associé au nombre d'or, la basilique Notre-Dame du Port et Granville, où est né Maurice Denis. Ici Léa habite encore en partie chez ses parents, à Saint-Germain-en-Laye, où a habité Denis, et où, soit dit en passant, il a découvert mon grand-oncle Jean Souverbie, l'introduisant ensuite dans le cercle des Nabis.

Sur le billet consacré aux peintres de ma famille j'étudiais la question des formats d'or dans la peinture française avant Sérusier et Denis, or, le 16 octobre dernier, un hasard m'a fait découvrir cette toile de Pissarro de 1878, La sente du chou, dont la construction ne semble pas dorée, mais dont le format 57x92 cm plutôt rare l'est indubitablement:

La sente du chou est à Pontoise, peut-être vers Cergy, en tout cas on y voit l'Oise qu'on devine ci-dessous derrière les arbres du Chemin de hallage (sic, c'est selon le DVD le titre du chapitre s'achevant sur le baiser de l'image 2).
Ce n'est pas une toile très connue de Pissarro, sa découverte m'a conduit à examiner l'ensemble de son oeuvre où je n'ai repéré aucun autre format d'or, aussi je considère qu'il s'agit probablement d'un hasard, mais il y a eu beaucoup d'autres peintres dans cette région de Pontoise.
Autre hasard indiscutable: j'ai regardé L'Ami... le 6 décembre, et le soir même j'ai fait les 5 copies d'écran correspondant à mon partage du film en 5 parties. Le lendemain j'ai fait la découverte relatée sur mon billet précédent: Mark Z. Danielewski a un nom doré particulièrement remarquable, où se lisent 5 valeurs d'une série additive de type Fibonacci, ce que j'ai relié à l'élucubration de la Quine des bâtisseurs romans due au chanoine Jean Bétous, m'amenant à ce splendide parallélisme:

MARKZ DANIELEWSKI = 69 + 112
CHANOINE JEANBETOUS = 69 + 112


Constatant le 14 décembre en écrivant ce billet que

ERIC ROHMER = 35+77 = 112,

je me suis demandé quel mot de valeur 69 aurait un rapport privilégié avec Rohmer, sans creuser la question, et puis le lendemain j'ai vu Perceval le Gallois, qui s'achève sur une longue scène montrant une CROIX=69 doublement dorée.
Je commenterai cette image dans mon prochain billet.

mardi 11 décembre 2007

EN QUI QUINE ?

Mes récents intérêts pour Werber m'ont fait prendre conscience de la proximité de certaines de ses trouvailles avec celles de Danielewski. J'en parle ici, mais une curiosité m'a semblé nécessiter un développement à part.

J'avais déjà été amené à m'intéresser à Mark Z. Danielewski, disons Z puisque c'est ainsi qu'il signe, lors de ma page Corbu Perec Bach, pour cette note de la page 123 de l'édition française de La Maison des feuilles:

Un certain Aristides Quine aurait écrit Concatenating Corbusier... C'est bien évidemment un livre fictif, comme les autres titres cités dans cette note, mais j'avais été amusé de trouver un Quine auteur d'un livre sur Le Corbusier, car le Modulor du Corbusier, série de mesures en rapport d'or, a inspiré à un moine imaginatif une fable qui a séduit beaucoup de monde, à tel point qu'elle figure dans divers ouvrages scolaires: les bâtisseurs romans auraient employé en leur temps un système analogue de cinq mesures en rapport d'or, basées sur le corps humain comme le Modulor du Corbusier, la QUINE.

Je détaillerai plus loin les genèses du Modulor et de la Quine, l'important étant d'abord que Z n'a pas convoqué ici Le Corbusier pour son Modulor, mais pour ses Cinq Points, théorie architecturale de 1926 sans rapport avec le nombre d'or. Il se peut que ce soit ce nombre Cinq qui ait inspiré le nom de Quine, Z ayant bien peu de chances de connaître la "Quine romane" qui est essentiellement demeurée une fantaisie hexagonale.


Le Z. du nom de Danielewski est une énigme. Je n'ai vu nulle part la moindre supposition sur ce qu'il signifie, le fait qu'il signe Z. semblant indiquer qu'il s'agit plus d'un prénom que du nom d'une branche familiale.

Cependant son père, le réalisateur Tad Z. Danielewski, avait déjà ce mystérieux Z.; je me demande s'il n'aurait pas baptisé son fils en pensant à The Mark of Zorro, Le signe de Zorro chez nous, immense succès de Reuben Mamoulian en 1940, avec Tyrone Power dans le rôle titre.

J'en arrive donc à ce qui m'a sidéré. J'ai exposé ailleurs ce qu'était un "nom doré", un ensemble prénom-nom dont les valeurs numériques sont en rapport d'or optimal. Il y a différentes qualités de "noms dorés", la meilleure ayant une probabilité théorique d'1 chance sur 100 environ, ce qui se vérifie grosso modo sur diverses listes de noms réels. J'ai rêvé de coïncidences faisant intervenir des prénoms ou noms composés, ce qui hisse d'emblée la probabilité théorique à 1 chance sur 10000, la vérification pratique étant difficile. De fait je n'avais pas encore rencontré de nom de ce type jusqu'à ce "Z", offrant la particularité supplémentaire que la relation d'or secondaire porte sur la petite section d'or de la relation d'or principale, si bien que ces relations définissent une suite de CINQ entiers en rapport d'or, une QUINE ! (il n'y en aurait eu que quatre si la relation avait porté sur la grande section d'or, cas le plus probable en théorie)

Voici donc le détail, en rappelant que ces calculs peuvent être vérifiés sur le Gématron:

MARK Z DANIELEWSKI = 43 + 26 + 112 = 181
181 se répartit selon la section d'or en
112, valeur de DANIELEWSKI, et
69, valeur de MARK Z
69 se répartit selon la section d'or en
43, valeur de MARK, et
26, valeur de Z.
On pourra vérifier que les termes 26-43-69-112-181 forment une suite additive de type Fibonacci, chaque terme étant la somme des deux précédents, le rapport de deux termes consécutifs tendant vers le nombre d'or lorsque la suite croît.

Ma plus grande stupeur a été de ne pas avoir vu cela il y a 20 mois, lorsque ma page sur Le Corbusier m'a amené à La Maison des feuilles. Je procède automatiquement à ces calculs pour tous les noms propres que je croise dans mes recherches, a fortiori quand ils sont associés à des coïncidences dorées. Je suppose que je n'ai alors pas tenu compte du Z., gênant quand on ne sait pas qu'il semble bien s'agir d'un Z tout court, signature minimale de l'auteur, qui est donc identifié à la fois Z, MARK, MARKZ, DANIELEWSKI, et MARKZDANIELEWSKI.

Il faut encore ajouter à ces formes les initiales couramment employées MZD, qui ont encore la valeur 43. Et c'est donc cet unique individu QUINAIRE, à ma connaissance, qui a imaginé un QUINE commentateur du Corbusier.


S'il n'est a priori pas question de nombre d'or dans La Maison des feuilles, l'édition française a la particularité d'avoir en couverture une illustration originale d'Eric Scala, qui ne peut manquer d'évoquer une spirale d'or:

Aucun rapport d'or immédiat n'apparaît sur la couverture, mais l'illustration originale y a été recadrée. J'ai trouvé ici la reproduction ci-dessus donnant une partie supprimée, ce qui permet de constater, en extrapolant les tracés, que les 5e et 6e rectangles de la construction (indiqués en rouge) sont très proches de carrés. Si les deux rectangles esquissés ensuite et les suivants, puisque la construction suggère une spirale infinie, étaient encore des carrés, la figure tendrait vers un rectangle d'or.

Plutôt que tenter de le démontrer, voici une partie de la couverture du Nombre d'Or, de Matila Ghyka, montrant une série infinie de rectangles d'or obtenus par ajouts successifs de carrés à un rectangle d'or initial:

Dans ce livre de 1931 Ghyka présentait les premières architectures dorées du Corbusier, qui n'avait pas encore eu l'idée du Modulor.

Le Modulor est donc une série de mesures à l'échelle humaine, censée répondre à tous les besoins de l'habitat universel... Pratiquement, c'est un ruban de 226 cm de long, avec deux séries de mesures, 5 de la série rouge, 27-43-70-113-183 cm ou 21-34-55-89-144 demi-pouces, et celles de la série bleue, doubles de la série rouge.

Ci-dessus les mesures du Modulor et leurs correspondances avec l'homme (celui qui fait 1m83 du moins), ci-dessous d'autres croquis du Corbu supposés démontrer la parfaite adéquation du Modulor à toutes les situations de la vie courante...

Je remarque la proximité de la Quine du Corbu,
27-43-70-113-183, avec
26-43-69-112-181, la Quine de monsieur Z.

Le Corbu a envisagé divers jeux de valeurs, notamment avec une taille humaine de 1m75, avant d'opter en 1947 pour le seul jeu de valeurs basé sur la taille 1m83, parce que la mesure associée du Modulor 226 cm correspond à moins d'un mm à 89 pouces, 89 étant un nombre de la suite de Fibonacci donnant les meilleures approximations du nombre d'or.
Ce système était censé réconcilier toutes les nations autour d'un étalon universel, vouant le système métrique, sinon le système décimal, au rancart. On sait ce qu'il en est advenu, le Modulor n'ayant été essentiellement utilisé que pour une seule création, de taille il est vrai, la Cité Radieuse de Marseille, en 1952, où toutes les mesures, jusqu'à celles du mobilier intégré, sont issues du Modulor.

Mais l'idée n'a pas été perdue pour tout le monde. Du moins je suppose que c'est par réaction au Modulor, imaginé par un protestant quelque peu sulfureux, que le père Jean Bétous a voulu voir un système analogue utilisé au temps où Rome régnait sans rivale sur toute la chrétienté. Et il l'a trouvé, avec la Quine des bâtisseurs romans, exposée semble-t-il pour la première fois dans le Cahier de Boscodon n° 4 (1985). Voici un tableau extrait de ce Cahier, vendu à 60.000 exemplaires selon l'abbaye de Boscodon, mais après la mort du père Bétous ses ayants droit ont refusé que son travail soit réédité. Ceci peut apparaître sérieux, tant qu'on n'y regarde pas de trop près, mais en fait seules les mesures de la partie supérieure du tableau sont attestées (tout de même pas au dix millième de millimètre...) La Quine basée sur la suite de Fibonacci (lequel n'avait pas encore inventé sa suite apparue au 13e siècle) est une pure affabulation, ce qui devrait être évident sur la page suivante, précisant les rapports des mesures de la "Quine des initiés" avec les puissances du nombre d'or (Phi), données avec 3 décimales: on a tout simplement multiplié ces nombres par 20.
De fait, qui a une petite habitude de la littérature ésotérique de pacotille ne sera pas dépaysé de trouver le système métrique utilisé au Moyen-Age, divers auteurs ne se privant pas d'en affirmer la haute antiquité, mais l'envie de rire passe quand on apprend à quel point la Quine a contaminé le monde prétendument sérieux. J'ai tenté d'alerter l'opinion il y a 4 ans avec ma page Coudées franches, ignorant alors que les partisans de la Quine avaient réussi à l'intégrer en 1999 au manuel de maths de 3e chez Hachette, collection "Cinq sur Cinq"!
Mais je crains d'avoir épuisé mon indignation, et ce n'est pas ici le sujet.

Une autre figure extraite du Cahier de Boscodon, sur laquelle il n'y a rien à redire car les historiens des mathématiques supputent aujourd'hui que c'est effectivement cette figure du pentagramme étoilé qui est à l'origine de la découverte par les Grecs des nombres irrationnels ("incommensurables" comme ils disaient), et donc que le nombre d'or a été le premier nombre irrationnel connu.

L'importance du pentagone et du nombre Cinq est telle qu'il est problable que ce soit l'origine directe de l'idée de la Quine, et qu'il n'est pas impossible que Le Corbusier ait eu une arrière-pensée de cet ordre en énonçant ses Cinq Points en 1926, où il était déjà acquis à l'harmonie d'or. C'est la seule concession à la rationalité que j'admette dans cette affaire multipliant les bizarreries les plus improbables.

Et ce n'est pas fini, car j'ai aussi choisi cette figure reliant les 5 mesures de la Quine au pentagone parce qu'il y apparaît le nom du père Jean Bétous, lequel n'est pas crédité de l'ensemble du Cahier, pas plus que son compère Paul Cantaloup, alors que je me suis fait préciser à Boscodon même qu'il était bien l'auteur de ces prodigieuses quineries. Avant de finir ses jours en humble moine à Boscodon, Jean Bétous avait été promu en 1960 à la dignité de chanoine d'Auch, ce qui livre une autre belle coïncidence, en "Concaténant Jean Bétous", pour reprendre le titre de Quine (Aristides):

CHANOINE JEANBETOUS = 69 + 112
MARKZ DANIELEWSKI = 69 + 112

En qui Quine ? donc, et j'invite à des compléments sur mes pages consacrées à Danielewski et au Corbusier (où j'indique notamment que son vrai nom a pour valeur 226, la longueur même du Modulor).